|
|||||
Tous les matins, je me lève. Enfin, quand je dis tous les matins, c'est sans compter les week-end, les jours fériés et les vacances. Parce que là, j'ai plutôt tendance à me réveiller vers 14h, ce qui est considéré comme le début de l'après-midi. Enfin, je m'en fous, quand je peux dormir, je dors. Venez chez moi et vous verrez que toute ma famille a adopté cette façon de penser. Même les chats. Bref, les jours où je suis obligée de me rendre tôt quelque part, je me lève le matin. Je hais les matins. D'un autre côté, qui les aime ? Devoir quitter son lit confortable et chaud, avec un chat en guise de bouillotte (qui n'a toujours pas compris que son rôle n'était pas de se placer sur la tête mais sur les pieds) pour se rendre dans un lieu où on n'a absolument aucune envie d'aller, personne sain d'esprit serait enchanté de ça. Ce lieu où l'on nous force d'aller et qui nécessite que l'on se lève, on l'appelle souvent le pénitencier ou le geôle. Enfin moi, je l'appelle comme ça. Parce que lycée ou bahut, tout le monde dit ça, et j'aime bien saouler les gens en utilisant des mots qu'ils ne comprennent pas forcément. Si jamais vous savez pas ce qu'est un pénitencier, lisez Lucky Luke. Vous savez, c'est l'endroit où les Daltons passent la moitié de leur vie. Bah ouais, faut pas forcément lire des pavés pour apprendre des mots. Donc, le matin, je me lève pour me rendre là-bas. Je dors, en général en faisant des rêves bizarres (en même temps, les rêves sont rarement rationnels, à moins de trouver qu’une pluie de Chocapic due à l’éclatement d’un monstre ou des personnages de Yu-Gi-Oh ! dansant la macaréna ne soit pas l’effet de l’imagination), puis j'entends les pas de Maman montant les escaliers, ce qui me réveille. Maman ouvre la porte, et moi, je fais semblant de dormir. Demandez pas pourquoi, j'en sais rien. Peut-être que je trouve ça agréable, d'avoir un chat sur la tête. Oui, parce que le chat, il se barre quand il a l'impression que je suis réveillée. Alors elle entre pour que je me lève. Non, en fait, elle se tient dans l'embrassure de la porte et me demande de me lever. Souvent, elle doit répéter plusieurs fois sa phrase, parce que je continue à faire semblant de dormir. Maintenant que j'y pense, c'est peut-être parce que j'espère inconsciemment qu'elle abandonnera et me laissera dormir. Et pour que le chat reste plus longtemps sur ma tête. Y a de ces mystères, dans la vie. Quand elle voit que je ne me lève pas, elle utilise une technique radicale : elle allume la lumière. Elle dit que c’est efficace. Moi, je trouve ça juste cruel. Comme si ça ne suffisait pas de savoir qu’on doit se rendre au geôle, il faut en plus qu’une mère dont la patience est aussi grande que ma chance de devenir physicienne torture nos petits yeux sensibles. Puis j’aime pas la lumière, je préfère la nuit. Mais j’apprécie pas le noir, j’ai toujours l’impression qu’un assassin ou un pirate-zombie aux yeux rouges (rigolez pas : il existe vraiment, ce pirate, c’est celui dans le jeu Monkey Island, c'est The Chuck) va en profiter pour me tuer. Je sais, faudrait vraiment que cette personne n’ait rien d’autre à faire pour avoir envie de venir prendre la vie d’une lycéenne qui ne sait rien faire d’autre à part raconter n’importe quoi. C’est ce que je suis en train de faire, d’ailleurs. De raconter n’importe quoi, je veux dire. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir peur. Alors du coup, j’aime bien la nuit, ça me permet d’allumer les lumières pour empêcher un psychopathe de m’assassiner. Donc, pour que je me lève, Maman appuie sur l’interrupteur, et je me mets à hurler de ne pas allumer la lumière parce que c’est douloureux pour les yeux et que de toute façon je suis déjà réveillée. Pendant ce temps, le chat m’arrache les cheveux en enfonçant ses griffes dans mon crâne et s’enfuit en emportant mon cuir chevelu avec lui. Je suppose que lui aussi, il n’aime pas être forcé à se lever aussi brusquement. Quoique, lui, il peut se recoucher après. D’ailleurs, c’est ce qu’il fait. Je peux pas lui en vouloir, je ferais exactement pareil à sa place. Mais c’est pas juste. Il pourrait se montrer un minimum solidaire. Maman part, et je suis obligée de me lever. Je râle, je grogne, c’est horrible, on dirait un troll. Si j’ai de la chance, je ne me cogne pas la tête contre la poutre en m’asseyant sur le lit. Parce que ma chambre, elle est sous les combles. C’est chiant pour passer l’aspirateur. Ca fait super mal au dos, de se baisser pour éviter de se cogner. Remarque, même en me baissant, je me cogne. Tiens, le chat, il pourrait faire ça au lieu de dormir. Passer l’aspirateur. Bah oui, il est petit, lui. Il ne risque pas de se cogner. Ca ne lui est jamais arrivé. Quoique, en fait, j’en sais rien. Si ça se trouve, il se cogne quand je ne suis pas là. Je me lève, j’évite de me cogner aux poutres, j’ouvre mon placard. Normalement, quand on ouvre son placard, c’est pour choisir les vêtements qu’on a pas choisit la veille parce qu’on avait trop la flemme. C’est un sacré problème, d’avoir la flemme. J’ai tout le temps la flemme. Pour tout. Je devrais me faire tatouer flemmarde sur le front. Comme ça, les gens seront prévenus. Je suis tellement flemmarde que lorsque j’ouvre mon placard parce que j’avais trop la flemme la veille pour tout préparer à l’avance, afin de ne pas avoir à faire ce pénible travail à une heure de la journée où mon cerveau est aussi performant qu’une souris d’ordinateur dont les piles sont mortes, qu’au lieu de choisir vite fait mes vêtements, comme toute personne normale, moi, je reste plantée devant à rien faire comme une abrutie. J’ai une amie qui a le même problème lorsqu’elle ouvre le frigo. Ou son casier. On pense que c’est un problème de neurones. Les nôtres ne doivent pas être connectés. Ou alors, c’est qu’on en a pas. Donc, je me suis levée, je suis devant mon placard. Je mets toujours près de dix minutes à choisir ce que je vais porter. C’est peut-être parce que, une fois le placard ouvert, je retourne m’asseoir sur mon lit pour choisir à distance. Non, je n’ai pas peur que le placard me dévore. C’est juste parce que c’est plus confortable. Le truc, c’est que je manque tellement de motivation et je suis si bien sur mon lit que je prends trois plombes à me décider. Et souvent, perdue dans la contemplation de mon placard ouvert, je remarque que mes fringues sont pliés n’importe comment, et que je me dis que je devrais un jour les ranger. Ce qui me démotive encore plus. Miracle, je me suis levée et j’ai enfin réussi à me décider. J’enfile mes vêtements. Ca, je le fais normalement, contrairement au reste. Comme quoi, mon cas n’est pas complètement désespéré. C’est rassurant. D’un autre côté, j’aime bien me démarquer des autres. J’aime pas être un mouton du troupeau et faire tout comme tout le monde. Peut-être que je devrais trouver une façon originale de m’habiller. Le jean en guise de pull et les culottes pour faire des chaussettes, ça pourrait être pas mal. Ca me rappelle Calvin & Hobbes, quand Calvin s’habille n’importe comment. Mais bon, en attendant, je suis levée, je me suis habillée sans une once d’imagination, et je descends pour aller dans la salle de bain. Je suis pas comme mon frère, je ne suis pas crade, moi. Pour sûr que sa façon de se laver est hors norme. Mais là, je préfère manquer d’originalité et être propre, parce que sinon, y a de la crasse partout, t’as les doigts qui collent, les oreilles bouchées par la cire, les dents jaunes, c’est dégueulasse, on dirait une poubelle ambulante. Je fais ma toilette, que je n’expliquerai pas en détails parce que ça n’a aucun intérêt. Oui, raconter ma façon de me lever est intéressant, contrairement à ma façon de me laver. Quand je suis enfin levée et habillée, faire ma toilette ne dure pas trop longtemps. Sauf si ma lentille de contact décide brusquement que mon œil ne lui convient pas et qu’elle ne veut pas que je la mette. C’est super vicieux, les lentilles. Tu sais jamais si tu vas réussir à la mettre sans problème ou si ça va tellement piquer que tu vas te mettre à chialer au point que tes yeux deviennent rouges et que ton nez coule. Enfin bon, c’est toujours mieux que la brosse à dents électrique. Soi-disant, elle est censée tourner pour que le nettoyage soit plus efficace. Bah la mienne, elle tourne que quand elle en a envie. Y a des jours, je me demande en quoi elle est électrique, parce qu’elle décide que c’est trop fatiguant de tourner, et d’autres jours où elle tourne avec tellement de force que ça fait gicler le dentifrice sur le miroir. Je sais pas si vous avez déjà essayé de nettoyer un miroir plein de dentifrice, mais c’est franchement saoulant. Et en plus, ça me fait perdre du temps pour rien. Je suis sûre qu’elle fait exprès, la brosse à dents. Elle doit tellement s’ennuyer dans la journée. Le matin est le seul moment où elle peut un peu s’éclater. Mais c’est pas une excuse pour me retarder. Je suis enfin levée et préparée. Non, je ne prends pas de petit déjeuner, ça me donne envie de vomir, le matin. Je préfère manger quelque chose vers neuf heures au lieu de sept. En attendant, je crève la dalle pendant le cours, mais c’est pas grave, au moins, je ne rejette pas ce que j’ai mangé le matin sur mes notes. Mais c’est déjà arrivé à mon chat. De vomir sur mes notes, je veux dire. Mais c’était le soir. Et un devoir maison, aussi. J’ai dû tout recopier, après. On m’a dit que j’aurais très bien put dire à mon prof de français ce qui c’était passé, mais à mon avis, il ne m’aurait pas cru. En disant « Excusez moi Mr. Boubou, j’ai bien fait mon DM prévu pour aujourd’hui, mais j’ai découvert hier soir que mon chat ne supporte pas la viande kitekat et il a eut l’excellente idée de sauter sur mon bureau pour rejeter tout le contenu de son estomac sur ma copie » , j’aurais eut plus de chance de me prendre une heure de colle que de me faire excuser. Je suis levée et prête, je mets mes chaussures, j’enfile mon manteau, je prends mon sac. Parfois, je demande à Maman de me donner de l’argent pour la pause de midi. Pas pour la cantine, le pénitencier n’en a pas. Il n’a pas de cours de récréation, non plus. Ni de sonnerie. C’est assez bizarre, parce que dans notre geôle, il n’y a que des supers friqués. Ils ont tous les Ipod dernier cri, les jeans Diesel, les sacs Chanel. Ca fait un drôle de contraste avec notre vieux bâtiment pourri dont la plupart des salles ont des cartouches d’encre vides collées au plafond. Alors, comme il n’y a pas de cantine, on bouffe dans les restos autour du pénitencier qui font des réductions pour les élèves. Et maintenant, je dois quitter ma maison douillette et confortable pour me rendre dans mon école dégueulasse, remplie de fils et filles à papa qu je n’aime même pas, pour trimer pendant des heures sur des sujets que je n’aborderai probablement plus jamais dans ma vie future. Les hommes sont des êtres vraiment incroyables : ils se lèvent alors qu’ils n’en ont pas la moindre envie, pour prendre un transport en commun qu’ils n’ont pas envie non plus, et pour bosser dans une boîte pour lequel ils en ont encore moins envie. En fait, la vérité, c’est que les humains sont tous sado-masochistes.
|
| Ajouter / Voir les commentaires (2) / Donner des Teebiz / Permalien |












